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Unité : La société, l'âme et le chemin vers l'au-delà (hadiths 32 à 42)
« Ni dommage ni rétorsion nuisible » (32), la preuve incombe à celui qui accuse (33), et « qui voit un mal, qu'il le change » avec la main, la langue ou le cœur, selon ses moyens et avec sagesse (34).
Hadith 32 : ni dommage ni rétorsion nuisible D'après Abou Sa'îd Sa'd ibn Mâlik ibn Sinân al-Khoudrî (qu'Allah l'agrée) : le Messager d'Allah ﷺ a dit : لَا ضَرَرَ وَلَا ضِرَارَ « Pas de dommage, et pas de dommage en retour. » Source : Ibn Mâja, Ad-Dâraqouṭnî et d'autres avec chaîne, et Mâlik dans Al-Mouwaṭṭa' sans compagnon [À VÉRIFIER : numéros]. An-Nawawî le juge « ḥasan » : ses voies se renforcent mutuellement ; Ibn Rajab détaille ces voies [À VÉRIFIER : degré].
Le commentaire • Deux mots proches : « ḍarar » est nuire sans droit ; « ḍirâr » est répondre à un dommage par un dommage, ou nuire à l'autre sans profit pour soi. Ibn Rajab rapporte ces explications et d'autres. • Une des grandes règles du droit : les juristes en ont tiré « le dommage doit être supprimé » (aḍ-ḍarar youzâl) et ses suites : on ne supprime pas un dommage par un dommage égal ; on choisit le moindre de deux maux ; on écarte le mal avant de chercher le bien. • Exemples classiques : le voisinage (ne pas nuire au voisin par une construction, le bruit, une odeur), le testament (ne pas léser les héritiers, 4:12), le divorce et le retour (ne pas retenir l'épouse pour lui nuire, 2:231).
Dans la vie • Avant un projet (travaux, commerce, déménagement), demandez-vous qui pourrait en subir un tort. • Ne répondez pas à une nuisance par une autre : demandez justice par les voies légales.
Hadith 33 : la preuve à celui qui réclame D'après Ibn 'Abbâs (qu'Allah les agrée) : le Messager d'Allah ﷺ a dit : لَوْ يُعْطَى النَّاسُ بِدَعْوَاهُمْ لَادَّعَى رِجَالٌ أَمْوَالَ قَوْمٍ وَدِمَاءَهُمْ، لَكِنَّ الْبَيِّنَةَ عَلَى الْمُدَّعِي وَالْيَمِينَ عَلَى مَنْ أَنْكَرَ « Si l'on donnait aux gens selon leurs seules prétentions, des hommes réclameraient les biens et le sang d'autres gens ; mais la preuve incombe à celui qui réclame, et le serment à celui qui nie. » Source : Al-Bayhaqî avec cette formulation [À VÉRIFIER : numéro et texte arabe] ; l'essentiel est chez Bukhari et Muslim (Muslim 1711 : « …mais le serment incombe à celui contre qui l'on réclame ») [À VÉRIFIER : numéro de Bukhari].
Le commentaire • La base de la justice : personne n'est condamné sur une simple accusation. Ibn Daqîq al-'Îd et Ibn Rajab en font une règle majeure des jugements. • Le demandeur prouve (témoins, écrit, indices reconnus) ; le défendeur, à défaut de preuve, jure. Le serment est grave : jurer faussement pour prendre un bien est un grand péché. • Au-delà du tribunal : ne pas accuser sans preuve, ne pas propager une accusation, présumer l'innocence. Le Coran demande de vérifier une nouvelle avant d'agir (49:6).
Dans la vie • Dans un conflit (famille, travail, voisinage, réseaux), demandez-vous : ai-je une preuve, ou seulement une impression ? • Écrivez vos dettes et vos contrats, comme le recommande le verset 2:282 : la preuve protège tout le monde.
Hadith 34 : qui voit un mal, qu'il le change D'après Abou Sa'îd al-Khoudrî (qu'Allah l'agrée) : j'ai entendu le Messager d'Allah ﷺ dire : مَنْ رَأَى مِنْكُمْ مُنْكَرًا فَلْيُغَيِّرْهُ بِيَدِهِ، فَإِنْ لَمْ يَسْتَطِعْ فَبِلِسَانِهِ، فَإِنْ لَمْ يَسْتَطِعْ فَبِقَلْبِهِ، وَذَلِكَ أَضْعَفُ الْإِيمَانِ « Que celui d'entre vous qui voit un mal le change par sa main ; s'il ne le peut pas, par sa langue ; s'il ne le peut pas, par son cœur, et c'est là le plus faible de la foi. » Source : Muslim 49.
Le commentaire • Trois degrés, selon le pouvoir. An-Nawawî et Ibn Rajab expliquent que « la main » revient à celui qui a autorité sur la situation : le parent dans son foyer, le responsable dans son domaine, l'autorité publique dans la société ; elle ne donne à personne le droit d'user de violence ou de se faire justice [À VÉRIFIER : présentation pour l'imam]. • Les conditions rappelées par les savants : être sûr que c'est un mal reconnu (non une question où les avis divergent), le changer avec science, douceur et patience, et ne pas provoquer un mal plus grand (hadith 32). • Le cœur : détester le mal et s'en éloigner. Ibn Rajab souligne que ce degré n'est jamais levé : celui dont le cœur ne réprouve plus aucun mal a perdu quelque chose de sa foi. • « Ordonner le bien et interdire le mal » est une marque de la communauté (3:104, 3:110).
Dans la vie • À la maison, commencez par l'exemple et la parole douce. • Au travail ou en ligne, préférez le conseil privé (hadith 7) à la dénonciation publique. • Signalez aux autorités compétentes ce qui relève d'elles ; ne vous en chargez pas vous-même.
Le texte : sourate Âl 'Imrân (3), verset 104 وَلْتَكُنْ مِنْكُمْ أُمَّةٌ يَدْعُونَ إِلَى الْخَيْرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ ۚ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ ﴿١٠٤﴾
Sens : « Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable et interdit le blâmable. Ce sont eux qui réussissent. » Ce verset est la base coranique du hadith 34.
Texte arabe : Tanzil Quran Text (Simple, version 1.0.2), © 2008-2010 Tanzil.net, licence Creative Commons Attribution 3.0, reproduit sans modification (http://tanzil.net). Chaque verset est sur sa ligne, suivi de son numéro ; la basmala, que le fichier Tanzil place au début du premier verset, est écrite sur sa propre ligne.
Comprendre la leçon
Explication Ces trois hadiths fondent la vie sociale de l'islam sur la justice. Le hadith 32 interdit de nuire, même en retour. Le hadith 33 interdit de condamner sans preuve. Le hadith 34 demande de ne pas rester indifférent au mal, mais selon un ordre précis, en fonction de son autorité et de ses moyens, sans causer un mal plus grand. Lus ensemble, ils s'équilibrent : le devoir de changer le mal (34) est limité par l'interdiction de nuire (32) et par l'exigence de preuve (33). Ainsi, l'islam forme des personnes engagées pour le bien, mais jamais justicières. Pour l'adulte, ces hadiths touchent la vie de famille, le voisinage, le travail, les réseaux et la vie de la cité.
Les leçons à en tirer • Ne nuire à personne, ni au départ ni en retour ; demander justice par les voies légales. • Choisir le moindre de deux maux quand on ne peut éviter les deux. • Ne jamais accuser sans preuve ; écrire ses dettes et contrats. • Changer le mal dans son domaine d'autorité, par l'exemple et la parole douce. • Garder au moins la réprobation du cœur, et ne jamais s'habituer au mal.
À retenir • Hadith 32 : لَا ضَرَرَ وَلَا ضِرَارَ ; règle : le dommage doit être supprimé. • Hadith 33 : la preuve à celui qui réclame, le serment à celui qui nie (Muslim 1711 pour l'essentiel). • Hadith 34 (Muslim 49) : la main, la langue, le cœur. • La « main » revient à celui qui a l'autorité, jamais à la violence individuelle.
Le message principal Soyez juste dans la société : ne nuisez à personne, n'accusez pas sans preuve, et changez le mal avec sagesse, chacun selon sa place.
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